En tant que jeune diplômée, et bien que les recruteurs pensent que je n'ai pas d'expérience, j'en ai tout de même un peu. Et la majorité de mes expériences ont eu lieu en production, milieu typiquement masculin, même de nos jours.

J'ai un caractère assez indépendant et assez fort d'après mon entourage - et d'après moi-même -. Depuis toute petite, je suis plus souvent avec des "garçons" qu'avec des "filles" alors ce n'était pas très étonnant que je me dirige vers une formation à dominante masculine. Mais mon caractère est un atout indispensable dans un milieu où force, assurance et poigne sont souvent de mise.

Lors de mon premier stage, en tant qu'opératrice chez DavidLange, je me suis retrouvée dans un milieu où il y avait quelques femmes. Et comme par hasard, quels postes occupaient-elles ? Secrétaires/comptables ou à la finition...
Trois femmes seulement étaient sur la ligne de production : une aux colorants et une au pliage, des postes nécessitant du doigté d'après les chefs d'ateliers - genre les hommes sont pas foutus d'avoir du doigté mais nous on est des pros... faut me voir couper une feuille de papier le long d'un trait, je suis bonne pour retourner à la maternelle ! -.
La dernière était l'exception ! Elle, elle avait le droit de manipuler la scie, elle participait au montage, elle faisait tous les postes. Et pourquoi me direz vous ? Parce que c'était une force de la nature, près de 2m et 120kg à l'époque. Alors selon les chefs d'atelier L. avait assez de force...
Dès le début, cette discrimination - car c'était le cas, les autres femmes auraient été tout aussi capable que L. - m'a choquée. J'en ai fait part. Cela m'a valu une remarque sur ma notation, comme quoi j'avais trop d'assurance et de confiance en moi... Je réalisais des meubles de plusieurs milliers d'€, honnêtement, je n'en menais pas large du tout. Mais d'avoir posé la question "mais pourquoi les autres femmes ne seraient-elles pas capables du travail de L. ?" m'a valu un blâme...
En plus d'être stagiaire - donc par définition pour certains employeurs encore trop nombreux, sans cervelle et bon pour le café et les photocopies -, j'étais une jeune - autre point négatif - femme - là on arrive au véritable problème - et donc incapable de certains travaux... Alors oui le maniement de la scie était un peu dangereux vu la puissance de poussée. Mais tout le reste, j'ai été capable de le faire, moi jeune femme de 20 ans, sans expérience et loin d'être une force de la nature ! Et je suis passée par tous les postes parce que j'ai dit que l'école le demandait - un léger mensonge à l'époque mais qui m'a bien servi, sinon je pense que je n'aurai pas vu grand chose -.
Ma première expérience, même si très intéressante et bénéfique d'un point de vue technique et humain, m'a laissé un léger goût amer. Mais ça ne m'a pas empêché de continuer dans cette voie et je pense avoir fait le bon choix !

Lors de mon deuxième stage en tant qu'opératrice j'ai travaillé essentiellement avec des femmes. Il n'y avait comme homme que le gérant, le chauffeur/préparateur et un autre préparateur pour une demie-douzaine de femmes, y compris moi.
Encore une fois, la majorité des personnes engagées pour le tri était des femmes, les hommes aidant parfois. Je pense que si des hommes s'étaient présentés aux postes pour être saisonnier, ils n'auraient pas été pris. Non pas que le gérant faisait de la discrimination volontaire, loin de là, juste que certaines idées sont difficiles à dépasser. Ce sont des postes qui depuis des générations sont occupés par des femmes. Cela fait déjà des habitudes difficiles à changer. Mais en plus de ça, ce sont encore une fois des postes demandant du doigté, de l'attention, de la minutie. Et les femmes semblent de nouveau plus à même de mener à bien ce genre de travail que les hommes...

Lors de mon troisième stage, je suis rentrée de plein fouet dans le monde industriel et pas dans n'importe quelle "ville" : le ferroviaire ! Plus machos que ça, tu trouves l'automobile, et encore...
Sur ma ligne de fabrication il n'y avait qu'une seule opératrice ! Je suis arrivée en tant qu'agent de maîtrise adjointe et faire mon trou n'a pas été évident, même en 4 mois.
La jeune femme en question était intérimaire pour cette entreprise depuis des années (toujours dans le cadre légal) et s'est faite embauchée en CDI lors de mon stage. Mais il lui a fallu se démener pour prouver sa valeur là où d'autres n'avaient pas à faire le quart car étant des hommes. Elle était particulièrement compétente, toute la hiérarchie s'accordait à le dire. Mais cela n'empêchait que c'était une jeune femme...
En tant qu'agent de maîtrise adjointe, j'étais considérée comme l'équivalent de l'autre adjoint de maîtrise. Pour toutes les tâches classiques et simples du quotidien, il n'y avait aucun problème, les hommes de la ligne s'adressait à l'agent de maîtrise en poste ou à moi-même indifféremment. Mais lorsqu'il s'agissait de décisions un peu plus importantes, même mon avis ne les intéressait pas au début... C'est l'appui de l'agent de maîtrise en poste qui les a fait changer d'avis peu à peu. Car lorsque mes propositions étaient intéressantes, l'agent de maîtrise les soulignait voire les mettait en application. Ce qui m'a aidée aussi ce fut de ne pas lâcher, de ne pas me laisser démonter et de continuer à être force de propositions.

Lors de mon 4ème stage, mon stage ingénieur adjoint, j'ai pu faire état du nombre important de femmes en milieu industriel et notamment dans le monde de l'automobile : sur ma ligne de production, aucune (mis à part moi bien entendu) ! Dans l'atelier, comprenant près de 100 personnes, 2 me semble-t-il. Une nouvelle barrière s'est présentée devant moi, celle de la langue, car j'étais en Espagne. Aussi je ne me prononcerai pas sur la mentalité vis à vis de moi. Je constaterai juste que je me sentais plus à l'aise en Espagne qu'en France l'année précédente...

Les points communs entre toutes ces femmes que j'ai croisé sur les lignes de production et moi-même ? Une "grande gueule", passez moi l'expression, un caractère fort, des femmes qui ne se laissent pas écraser, qui ont des opinions et qui savent les exprimer. Mais si on ne s'arrête que là, on rattrape ce que beaucoup disent ou pensent tout bas, hommes et femmes confondus : des garçons manqués. Et bien non ! On peut avoir du caractère et assumer sa féminité, savoir se faire belle, aimer plaire et se plaire.
Alors oui ces femmes aux yeux de mal-regardants sont des garçons manqués, mais des femmes avant tout et qui sont aussi capables que n'importe quel homme aux yeux des gens censés !

Les femmes dans le monde de l'emploi ce sont avant tout des êtres humains, ayant des capacités diverses et variées, tout comme les hommes. Malheureusement, dans les yeux des employeurs et des recruteurs, ce n'est pas toujours le cas et l'aspect "femme, mère potentielle, fragile, gentille, douce, sans force" reste trop souvent présent...
Dans ma propre recherche d'emploi, j'ai eu le droit à des remarques du genre "tu sais pour ce type de poste il faut avoir du caractère, de la bouteille, les hommes sont pas faciles à diriger par une femme...". Des remarques faites par des personnes proches de moi, qui m'ont vu travailler mais qui ne savent rien de mes compétences de management. Des personnes qui encore une fois ne se basent que sur le fait que je suis une jeune femme...

Alors oui, les mondes de la productique et de la logistique sont des milieux assez masculins, notamment au niveau de l'encadrement. Alors oui, je suis une jeune femme fraichement diplômée. Alors non, cela ne veut pas dire que je serais incompétente dans ce genre de poste.
Recruteurs, ne jugez pas sur les apparences, mais sur nos réelles compétences et nos capacités propres !